croix

Cette grande croix processionnelle, dont il est fait mention pour la première fois dans l’inventaire de 1649, date du XVIe siècle ; elle porte, en effet, la marque très nette de la Renaissance, époque durant laquelle l’art fut élevé à un si haut degré de perfection.

Quel en fut l’habile ouvrier ? Il est impossible de le dire, mais nous ne serions pas éloigné de voir dans ce magnifique travail l’œuvre de quelque moine d’un monastère de la contrée, Geneston, Vielleuse, ou un autre. Sans doute, cet ouvrier n’était pas un orfèvre ordinaire mais de pareils talents n’étaient pas rares dans nos abbayes avant la Révolution.

Le poids de cette belle croix est exactement de 8 kilos 750. Elle mesure 1 m25 de haut et sa largeur d’un bras à l’autre est de 0 m 65. Elle est composée de larges plaques d’argent ciselé clouées sur bois et épaisses de 0 m04. La face antérieure ainsi que le revers sont travaillés avec le même soin. Sur la première, l’image largement nimbée du Crucifié vivant et la tête à peine inclinée se détache très nettement et mesure 0 m23 de haut ; cette pièce toute en argent est formée de deux morceaux et clouée sur une plaque carrée. Au-dessus est attachée la banderole avec l’inscription INRI. En haut, l’extrémité de la croix est terminée, comme les bras, par une fleur de lys, et on y voit le Père Eternel qui tient son Fils crucifié et appuyé sur un globe. Sur chacun des bras de la croix, entre le Christ et la fleur de lys terminale, ressortent en grands personnages, à droite l’apôtre saint Jean et à gauche la Sainte-Vierge, dans un cadre élargi exprès pour eux. En dessous du Christ, la croix se profile avec les sinuosités de la Renaissance au milieu desquelles le patron de la paroisse, Saint Philbert, nous apparaît deux fois, d’abord comme abbé avec la mitre et la crosse, puis, plus bas, comme moine avec un bâton dans la main droite et un livre dans la main gauche.

La partie inférieure de la croix se compose d’une douille, en argent comme tout le reste, dans laquelle s’adapte le morceau de bois nécessaire au porteur. Cette douille est couronnée d’un chapiteau artistement ciselé et supportant une boule ou renflement. Autour de cette boule, légèrement aplatie, douze émaux, de couleurs variées, renferment les bustes des douze apôtres, le tout merveilleusement travaillé. Entre ces émaux et la statuette de saint Philbert, abbé, est incrustée une pierre diaphane sans valeur et brisée en plusieurs morceaux; peut-être remplace-t-elle une autre pierre d’un grand prix qui serait devenue la proie de quelque ouvrier voleur.

Sur le revers de la croix, à la place du Christ, apparaît un agneau en relief portant le divin étendard; puis, à chaque extrémité, dans des médaillons d’une beauté et d’une valeur incomparables, tant par la finesse du travail que par la richesse de la matière, l’œil émerveillé peut contempler l’image des quatre Evangélistes avec leurs attributs incrustée dans l’émail vert : en haut saint Jean, en bas saint Marc ; du côté droit saint Matthieu et du coté gauche saint Luc.

Cette croix, véritable objet d’art, a été demandée, en 1889 et en 1900, pour orner une des salles de l’Exposition Universelle de Paris. En 1900, Monseigneur l’Evêque de Luçon en avait autorisé l’envoi et on pouvait admirer ce magnifique bijou au milieu des merveilles de l’orfèvrerie du Moyen-Age et de la Renaissance, dans la halle centrale du Petit-Palais.

A la suite de cette exposition, le ministre de l’lnstruction publique et des Beaux-Arts, M. G. Leygues, prit un arrêté, en date du 17 juin l901, par lequel la croix de Saint-Philbert-de-Bouaine, la grande croix processionnelle en argent du XVIe siècle, était définitivement classée comme objet historique. Désormais, elle est exposée dans le chœur de l'église paroissiale pour l'émerveillement de tous.

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